Bonjour Anthony Girard, et bienvenue sur le site musique-nouvelle.fr : Tout d’abord, pourriez-vous définir, en quelques mots, votre univers artistique et musical ?

En réalité, non ! Je recherche à travers la composition musicale des états émotionnels qui ne peuvent être exprimés autrement que par la musique. Il est bien sûr possible, pour un observateur extérieur, de tenter de définir l’univers d’un compositeur, mais cela ira toujours dans le sens d’une extrême simplification. Dans ce cas, une formulation poétique et mystérieuse me semble alors la plus appropriée ; c’est pourquoi j’ai une certaine prédilection pour des titres comme « À ciel ouvert», « La rose inaccessible », « Un peu plus d’élan et d’innocence », « Effleurer le silence », « Le cercle de la vie », « Le tournoiement des songes », « Voyage au gré des illusions », « Sur les ailes du vent »…

Anthony Girard, pourriez vous maintenant nous indiquer quel a été le moteur de votre inspiration, en d’autres termes; qu’est-ce qui vous a donné envie de créer ?

Vous touchez là au mystère de la création ! Il me semble qu’on ne peut dissocier l’art de la vie. Le désir de composer n’est pas le fruit des circonstances, c’est certain. De là à parvenir à localiser son origine, cela devient beaucoup plus délicat ! L’art me semble indissociable de sa nécessité.

Vous dîtes, à propos de votre musique, que les clefs de votre parcours ne se situent pas tant dans la musique elle-même que dans les affinités littéraires ou spirituelles que vous nouez au fil du temps. Pourriez vous approfondir cette pensée ?

Bien entendu, l’amour de la musique dans sa multiplicité n’a cessé de m’enrichir, et je suis toujours à l’affût de découvrir des œuvres nouvelles, notamment parmi celles de mes contemporains. Dans ma jeunesse, certaines rencontres musicales ont été déterminantes. Mais au fur et à mesure, j’ai pris conscience que mon goût pour la poésie et une certaine attirance pour les textes mystiques avaient fait évoluer mon écriture de manière extrêmement significative.

La révélation de la poésie date de mes 14 ans et de la rencontre avec l’œuvre d’Henri Michaux. Cette ouverture sur le monde irrationnel fut un bouleversement. Mais il m’a fallu du temps pour découvrir une poésie qui réponde vraiment à mes attentes sur le plan proprement musical. Le double CD « Chemins couleur du temps », paru l’an dernier chez Folle Avoine autour de textes d’Yves Prié, Jean-Paul Hameury, Jean de Chauveron ou Heather Dohollau, donne un bon aperçu de la manière dont l’écriture poétique est venue féconder mon travail depuis 1998.

La composition sur, ou d’après un texte poétique me semble propice au « renoncement à soi-même », une des conditions de l’activité créatrice, et à la mise à distance de toute considération préalable d’ordre technique. Lorsque l’on aborde certains enseignements mystiques, le résultat est encore plus radical : lire Krishnamurti, par exemple, vous amène à remettre en question le fait même de composer. C’est assez rude… mais salutaire. Et personne ne vous interdit de continuer à écrire tout de même !

Notre entretien touche malheureusement à sa fin. Pourriez-vous nous évoquer, en conclusion, vos projets à venir ?

Cette rentrée est particulièrement favorable, avec la publication de deux livres. Le premier, Minos, aux éditions L’Harmattan, est un essai sous forme de récit qui s’interroge sur l’activité créatrice. J’y ai travaillé pendant dix ans, sans doute à la recherche de quelque chose d’insaisissable ! Le second, Franchir l’horizon, aux éditions Aedam Musicae est un recueil d’entretiens avec le musicologue Pascal Pistone. Nous abordons des questions relatives au sens de la musique mais aussi des aspects plus concrets, à travers l’analyse musicale. Ce livre est complété par une présentation très complète d’un grand nombre de mes compositions, ce qui en fait une sorte de bilan de mon travail depuis trente ans.

J’attends à présent la sortie imminente d’un nouveau CD : une « intégrale » des œuvres pour violon et deux violons enregistrée par Jean-Luc Richardoz (et Patricia Reibaud) pour Azur Classical.

Parmi les créations les plus récentes, je peux citer « Rire ou rêver », pour deux pianos – huit mains, une pièce créée à Bruxelles par l’ensemble Origami, et « Invisibles jardins », un quintette pour piano et quatuor à cordes interprété par Fanny Azzuro et le quatuor van Kuijk lors du Festival d’Auvers-sur-Oise.

Parmi les créations à venir, signalons d’ores et déjà une grande cantate intitulée « Les vents, la houle, l’horizon », sur des poèmes d’Yves Prié, commandée par Choralies Normandie pour triple chœur, piano et percussions. Et aussi une toute récente « Sonate pour alto et piano » ; mais la date de création n’est pas fixée, et son titre n’est pas encore dévoilé… Il suffira de consulter le site « Musique nouvelle » !