Ajoutée le 3 mars 2017 par tristanpfaff

Festival des Forêts – 07/14

Editions Gérard Billaudot

D’une durée de dix minutes environ, Mirages est ma première pièce pour piano à quatre mains. C’est un commande du festival de Saint-Lizier, dont la thématique, cette année (2003), était : « A la manière de… ». C’est ce qui explique les quelques réminiscences de Ravel (Concerto en sol) et de Dutilleux. A côté de pièces où j’ai fouillé avant tout le pôle rythmique, nerveux, déjanté, désarticulé de mon imaginaire (le «clocks», pour reprendre la terminologie de Ligeti à propos de sa pièce Clocks and Clouds), j’ai exploré dans Mirages des climats étales, contemplatifs, harmoniques (le «clouds» de Ligeti). Comme un long chant, la pièce développe un thème apparemment serein, qui oscille entre célébration du sentiment et expression de la sensation. Ce thème va peu à peu se métamorphoser, comme habité par sa propre contagion : on suit la ligne supérieure du piano dans ses hésitations, ses tourments, en une déambulation à travers des paysages d’abord tranquilles, puis plus inquiétants, au fur et à mesure que la polyphonie pianistique s’étoffe. Le tracé devient anguleux, presque accidenté, avec des arêtes vives, des aspérités, le tout conduisant, après un emballement progressif, à une brève rupture. On revient alors au climat et au thème initial, le tout se trouvant brouillé par des colonnes d’accords qui donnent l’illusion de monter indéfiniment. La pièce se clôt dans une éternité paisible.

Karol Beffa

Mirages was my first piano piece for four hands and was commissioned by the Music Festival of Saint-Lizier, whose theme in 2003 -the year the piece was premiered- was : « In the style of… ». That explains the references to Ravel (Concerto en sol); Dutilleux,(Sonate pour piano) and, in its central part, Ligeti. Like a long singsong, one can follow the tormented wavering of the higher line of the piano in a wandering across peaceful landscapes which progressively get more disturbing as polyphony gains momentum. The musical pattern grows angular, almost choppy, strewn with sharp ridges and rough parts, then progressively bolts before reaching a breaking point. The central part follows the same pattern: it opens in a foggy atmosphere (recalling Ligeti’s clouds) and seems to bring to completion the process it has initiated. The piece then resumes its early atmosphere, nevertheless blurred by columns of chords which give the illusion of an endless ascension. The piece ends in a peaceful eternity.

(trans. Charlotte Audiard)